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MONUMENT DU GENERAL CLAVERY MORT

AU COMBAT CONTRE LES DOUIS MENAI EN DECEMBRE 1928 AU DJEBELL EL ARLAL A 26 KM DE TAGHIT.

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Qui était le Général Clavery
mort il y a 50 ans ?.

  L'affrontement des Doui Menais au Colonel AMEDEE CLAVERY.
Le 8 décembre 1928, dans l'après-midi, trois véhicules de l'armée suivent une piste du sud-est ALGERIEN, dans la région de Colomb-Béchar. Elles achèvent une visite d'inspection du territoire qui est en voie de REBELLION contre l'invasion du Haut Guir des Douis Menais,par les troupes Coloniale Francaises. Le premier véhicule, une camionnette, parvient au sommet du col du Maghzen et s'engage dans un étroit défilé. C'est alors qu'elle est prise sous le feu des armes de  rebelles, dissimulés derrière des rochers, à quinze ou vingt mètres au-dessus de la piste. Les occupants de la camionnette sont tués. Vingt-cinq minutes plus tard, arrive la voiture dans laquelle a pris place le colonel Amédée Clavery, commandant supérieur du territoire d'Aïn-Sefra. Il est, à son tour, atteint mortellement d'une balle. Le colonel Clavery mourut sans savoir que, la veille, il avait été promu général : le décret ne devait être publié que le 12 décembre 1928.
Le 28 février 1929, le ministre des Colonies, André Maginot, remit la médaille militaire au maréchal des logis Clavery. En mai 1930, une stèle fut élevée sur les lieux du drame, à la mémoire du général et de ses compagnons. Elle fut inaugurée en janvier 1932, en présence des familles des victimes

consequenes de la mort du General sur les Doui Menai:

Des enquetes ont ete dilligentes et beaucoup de suspects ont ete,exterminees,d'autres encore ont Connus des represailles ...., LA REVOLTE DES DOUI MENAI CONTRE LA FRANCE  CONTINUERA  POUR ENTRAVER LE PROGET DES ESSAIS NUCLEAIRES DE LA FRANCE AU SAHARA  ALGERIEN, HAMMAGUIR LOCALITE D'ABADLA ALGERIE ET TERRE DES DOUI MENAI...

 

 

 

 

 Elle a sauvé 265 hommes de la guillotine »

 

Hommage à Germaine Tillion                                   par Yacef Saadi

http://www.germaine-tillion.org/a-la-rencontre-de-germaine-tillion/

Dans le cadre de la célébration du quatrième anniversaire de son décès, coïncidant avec le 21 avril, le moudjahid Yacef Saadi, a rendu hommage à l’ethnologue Germaine Tillion. Cette commémoration a été célébrée sous forme d’un documentaire réalisé par le responsable de la zone autonome d’Alger. La projection s’est tenue avant-hier, au Palais de la culture, en présence de nombreux combattants ayant participé à la guerre de libération. « Elle m’a sauvé de la condamnation à mort. Je voulais lui rendre hommage pour sa bonté. Grâce à Germaine Tillion, environ 265 personnes ont échappé à la décapitation », a indiqué Yacef Saadi, lors de son allocution. Et d’ajouter : « L’État devrait attribuer son nom à une rue, au nom de la reconnaissance et la conservation de la mémoire de ces personnes qui ont milité pour l’indépendance de l’Algérie ». Ce film «Hommage à Germaine Tillion », retrace la rencontre de la française avec Yacef Saadi. D’une durée d’une trentaine de minutes, ce documentaire est constitué de photographies projetées en diaporama, narré en voix off par le réalisateur. En juin 1957, en visite dans les milieux carcéraux algérois, elle prend contact avec Yacef Saadi, Zohra Drif et Ali La pointe. Cette rencontre s’effectue dans un appartement à la Casbah. Les révolutionnaires tentent de sensibiliser cette militante sur les exécutions à la guillotine. Touchée par la situation de ces détenus, la jeune femme convainc Charles De Gaulle, président du conseil des ministres et oncle de son amie Geneviève De Gaulle. Suite à cette rencontre, De Gaulle suspend la peine capitale en 1958. Il décide de soumettre les prisonniers à des travaux forcés avant de reconduire à nouveau la mise à mort par décapitation. Grâce à cette entreprise, Germaine Tillion, a sauvé de la mort plus de 265 prisonniers. Germaine Tillion qui s’installera durant quatorze ans dans les Aurès pour effectuer des recherches et des études sur la société berbère, a été nommée chef d’un mouvement de résistance contre l’occupation allemande de 1941 à 1942. Une année après, en 1943, elle est déportée à Ravensbrück avec Geneviève De Gaulle. En 1954, elle mène plusieurs recherches sur le bassin méditerranéen et participe à la création de centres sociaux en Algérie. Après la guerre de libération, elle poursuit ses combats contre la précarité et la torture en Algérie.

 

 

 

 

Les premiers essais en Algérie (1960-1966) ont cinquante ans


Le premier essai nucléaire français, Gerboise bleue, est effectué le 13 février 1960, sous présidence de Charles De Gaulle. Toutefois, c'est au début d'avril 1958 que Félix Gaillard, premier ministre sous la présidence de René Coty, décide que ce premier essai aura lieu au début de l'année 1960 et que le site de test sera localisé au Sahara 1.

Un champ de tir a été créé à Reggane, au centre du Sahara algérien et à 600 kilomètres au sud de Béchar. Les tirs ont été effectués à partir d'une tour située plus précisément à Hamoudia, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Reggane.

Le rapport annuel du CEA de 1960 montre l'existence d'une zone contaminée de 150 km de long environ.

À la suite immédiate du putsch des Généraux (23 avril 1961) (ou " putsch d'Alger "), le gouvernement français a ordonné la détonation du 25 avril 1961 (Gerboise verte) afin que l'engin nucléaire ne puisse tomber dans les mains des généraux du putch.

Les essais en galerie au Hoggar
La France doit abandonner les essais aériens à la faveur d'essais souterrains, moins polluants. Le site choisi In Ecker (Sahara algérien) se trouve au sud de Reggane et à environ 150 km au nord de Tamanrasset. Les tirs sont réalisés en galerie, celles-ci étant creusées horizontalement dans un massif granitique du Hoggar, le Tan Afella. Ces galeries se terminaient en colimaçon pour casser le souffle des explosions et étaient refermées par une dalle de béton. Elles devaient permettre un bon confinement de la radioactivité.

Le 7 novembre 1961, la France réalise son premier essai nucléaire souterrain. Mais le 1er mai 1962, lors du deuxième essai souterrain, un nuage radioactif s'est échappé de la galerie de tir. C'est l'accident de Béryl (du nom de code de l'essai).

Gerboise bleue a 50 ans
Gerboise bleue est le nom de code de l'opération tenue secrète qui avait pour objectif l'essai de la première arme nucléaire de la France. Il s'agissait d'une bombe atomique, détonnée sur le site d'essai nucléaire de Reggane dans le Tanezrouft au centre du désert Sahara, alors territoire français rattaché à l'Algérie française, le 13 février 1960 à 7 h 04 au point 23°19'N 0°4'W 4. La bombe avait une puissance de 70 kilotonnes (l'équivalent de 4 fois Hiroshima) et était perchée sur une tour à 100 mètres de hauteur.

Un de ses créateurs est le général Pierre Marie Gallois.

La gerboise est un petit rongeur des steppes ; le bleu est la couleur symbolisant généralement la France à l'international.

Le plus puissant premier test de bombe A
Avec Gerboise Bleue, la France est devenue la quatrième puissance nucléaire, après les États-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni. Ce test a été de loin le plus grand premier essai de bombe à cette date, plus grand que l'américain " Trinity " (19 kt), le soviétique " RDS-1 " (22 kt), ou le britannique " Hurricane " (25 kt). Son rendement était de 70 kt, plus que ces trois bombes réunies. La deuxième plus puissante première bombe-test a été " Chagai-I ", déclenchée par le Pakistan en 1998, avec 40 kt.

En comparaison, Fat Man, la bombe de Nagasaki, était de 22 kilo-tonnes, trois fois moins puissante.

Seules deux autres bombes A testées dans le Sahara furent plus puissantes : " Rubis " (< 100 kt, 20 octobre 1963), et " Saphir " (< 150 kt, 25 février 1965). Toutes deux ont explosé dans des installations souterraines au Hoggar.
L'armée française avait prévu une explosion entre 60 et 70 kt. Gerboise Bleue a donc été un succès total.

Les réactions internationales
À cause des critiques croissantes, la France a cessé ses essais atmosphériques dans le désert et mené des essais souterrains quelques mois après l'indépendance de l'Algérie en 1962 selon les accords secrets d'Évian avec le FLN. Ces accords prévoyaient que la France utiliserait pour une durée de cinq ans les sites comprenant les installations In-Eker, Reggane et de l'ensemble de Colomb-Béchar-Hamaguir pour des essais d'armes chimiques. Les discussions franco-algériennes de 1962 sont assorties d'accords secrets, jusqu'en 1978, les militaires français pourront ainsi continuer à faire des essais d'armes chimiques et bactériologiques à Colomb-Béchar-Hamaguir, dans la région nord du Sahara. Cette région, un polygone d'essai de 100 kilomètres de long sur 60 de large, a été le plus vaste centre d'expérimentation d'armes chimiques au monde, Russie exceptée.

De février 1960 à avril 1961, la France a testé quatre bombes dans l'atmosphère Reggane, les quatre bombes Gerboise. Trois d'entre elles étaient un test des engins de secours ("dispositifs d'urgence"), avec des rendements volontairement réduits à moins de 5 kilotonnes.

Avec les essais souterrains, la séquence a été modifiée pour la désignation des noms bijou, à partir de novembre 1961 avec " Agathe " (< 20 kt). Le 1er mai 1962, au cours du deuxième essai, 1'" accident de Béryl " contamine plusieurs personnes. L'épisode fut déclassifié de nombreuses années plus tard.

Cinq mois après la dernière bombe Gerboise, l'Union soviétique a répondu en rompant le moratoire des essais dans l'atmosphère, réglé de facto depuis la fin de 1958 avec les États-Unis et le Royaume-Uni. L'URSS a mené de nombreux tests d'amélioration, à partir de septembre 1961 avec une série d'essais de 136 bombes H. La série comprenait la bombe la plus puissante jamais testée, de 50 mégatonnes (50 000 kt) " Tsar Bomba ". Bien que l'Union soviétique maîtrisât la technologie de la bombe H depuis 1955, ce " dossier " pourrait avoir été conçu, dans le contexte de la guerre froide, comme une réponse à la France qui apparaît comme une troisième puissance nucléaire occidentale.

Pour réponse, les États-Unis ont réactivé leur propre programme d'essais atmosphériques avec une série de 40 explosions d'avril 1962 à novembre 1962.

La Chine a également lancé son propre programme nucléaire, résultant de la bombe A " 596 " (22 kt) qui a été testée le 16 octobre 1964, et la bombe H-Test no 6 (3,3 Mt), testée le 17 juin 1967.

En 1968, la France fait exploser sa première arme thermonucléaire, Canopus (2,6 Mt), à la nouvelle installation à Fangataufa, un atoll désert, en Polynésie française.

Il a fallu attendre 2006 pour que plusieurs sites, non décontaminés par l'armée française, ni par l'Algérie soient interdits au public.

C'est en 2009, après une information judiciaire (et donc enquête) ouverte à Paris en septembre 2004 contre X, à propos des conséquences des essais nucléaires français, menés au début des années 1960 au Sahara, et jusqu'en 1996 en Polynésie française, sur les civils et militaires qui y ont assisté sans être suffisamment protégés.
Dans le Sahara, la France avait procédé à un total de 17 essais nucléaires (13 souterrains à In Eker, dans le Hoggar, à quelques centaines de kilomètres au sud de Reggane et 4 atmosphériques Gerboise Bleue réalisée au sud de Reggane, dans le Sahara Algérien, le 13 février 1960.
Gerboise Blanche le 1er avril 1960.
Gerboise Rouge le 27 décembre 1960 et Gerboise Verte le 25 avril 1961) et après qu'un tribunal français ait accordé (le 7 juin 2008) une pension d'invalidité à vie à un ancien militaire âgé de 65 ans et victime d'une polymyosite pouvant avoir pour origine sa participation à des essais nucléaires en Algérie, que la France a annoncé un projet de loi d'indemnisation des victimes de ses 210 essais nucléaires, appuyé sur un fonds prévu de 10 millions d'euros.
En Algérie, les médecins et ONG locales estiment que le nombre d'anomalies et problèmes de santé est encore anormalement élevé dans cette zone. On admet aujourd'hui que différentes pathologies, dont cancers (cancer de la thyroïde, cancer du poumon, cancer du sein, leucémie, certaines anomalies congénitales, etc.) peuvent avoir été induites par l'irradiation ainsi subie.

De novembre 1961 à février 1966, treize tirs en galerie ont été effectués dont quatre n'ont pas été totalement contenus ou confinés (Béryl, Améthyste, Rubis, Jade). Malgré cela, ce système donnait satisfaction mais les Accords d'Évian ayant prévu que la France devait abandonner ses expériences au Sahara, l'État français a dû se mettre à la recherche d'un autre site.






Le document secret de l'armée Cinquante ans après l'explosion de la première bombe atomique française dans le Sahara algérien, alors sous domination coloniale française, des milliers de vétérans, convaincus d'être contaminés par la radioactivité, veulent la reconnaissance de leur préjudice.


Le 13 février 1960 vers 7 h, près de Reggane, à 1700 km d'Alger, la France procède à son premier essai nucléaire avec une bombe au plutonium, lors de l'opération Gerboise bleue.

Juste après la déflagration, des dizaines de techniciens en combinaison antiradiation n'avaient que 15 à 20 minutes, avant les retombées radioactives, pour récupérer sur les lieux de l'explosion les précieux appareils de mesure enfouis dans le sable.

Au total, 6000 à 7000 personnes travaillaient depuis des mois pour cet essai au Centre saharien d'expérimentation militaire de Reggane.

L'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) se bat depuis plusieurs années avec une multitude de documents obtenus auprès des 4500 adhérents qu'elle représente.

Selon une étude de l'association, les vétérans ont deux fois plus de cancers que les Français de plus de 65 ans. Elle note également une mortalité infantile trois fois supérieure à la moyenne chez leurs descendants.

Le rapport " confidentiel défense " que " le Parisien - Aujourd'hui en France " s'est procuré ( paru sous le titre : Quand les appelés du contingent servaient de cobayes) est un résumé d'envergure sur les essais nucléaires au Sahara entre 1960 et 1966. Jusqu'à aujourd'hui, très peu d'éléments avaient filtré sur les expérimentations réalisées par l'armée française sur ses troupes dans le cadre de l'élaboration de la bombe atomique.

Seul " le Nouvel Observateur " avait publié en 1998 un article sur Gerboise verte, le nom de code du dernier tir atmosphérique du 25 avril 1961, issu des archives de la Grande Muette. Aussitôt après, celle-ci les avait refermées.

Le document que nous révélons porte notamment sur les manoeuvres en " ambiance nucléaire ", effectuées ce 25 avril 1961. En voici les principaux extraits.

Etudier les effets de la bombe sur les hommes.
Selon le rapport, il s'agit d' "expérimentations tactiques". Leurs noms de code sont Garigliano pour les fantassins, Bir Hakeim pour les chars. Il s'agit d'" exécuter (...) deux manoeuvres dans un cadre offensif et une dans un cadre défensif " afin d'étudier " la réoccupation d'une position touchée par une explosion nucléaire ". 300 personnes y prennent part, essentiellement des appelés issus de régiments situés en Allemagne, 42e RI et 12e régiment de cuirassiers. L'objectif de ces essais est très clair : " Etudier les effets physiologiques et psychologiques produits sur l'homme par l'arme atomique. "

La troupe à 275 m de l'explosion atomique.
Le rapport relate très précisément la journée du 25 avril 1961, quelques minutes après l'essai atomique. A " H + 20 min, les hommes sortirent des abris, regardèrent le nuage avec appréhension (...). A H + 35 min, la section progressa à pied. Les véhicules vides suivaient à 100 m (...). Deux kilomèt- res furent couverts en 40 min (...). A 1 100 m du " point zéro " (NDLR : l'en- droit où la bombe vient d'exploser), les hommes apercevaient nettement les dégâts occasionnés (...). A environ 700 m, (...) la progression fut stoppée." " Le détachement d'engins blindés de reconnaissance traversa la zone de retombées à H + 1 heure. Une patrouille de véhicules tout-terrain était chargée de faire un raid sur le point zéro pour étudier les possibilités d'attaque en zone contaminée (...). Cette patrouille fut arrêtée à 275m du point zéro. "

Un masque antipoussière plutôt qu'un masque à gaz.
Les enseignements tirés de cette manoeuvre sont édifiants. Le rapport indique par exemple que les hommes semblaient "capables de poursuivre le combat, dans la mesure où le moral n'aurait pas été trop fortement atteint". En conséquence, en cas de guerre, il est indispensable d'obtenir un " oup au but" sur l'ennemi.

Autre " problème " mis en évidence : le masque à gaz complique les communications. Il sera décidé que lors d'un conflit, " le commandant ne devra pas pénétrer en zone contaminée ". En revanche, pour les hommes à pied, comme " le rythme de la manoeuvre serait diminué de 50 % tant que le port du masque resterait obligatoire ", son " remplacement par un masque antipoussière élémentaire a été demandé ".

L'amateurisme des autorités.
Les auteurs du rapport montrent comment les concepteurs des armes atomiques françaises font manipuler à la troupe des substances dont ils connaissent pourtant les dangers.

Pour les essais souterrains, il est décidé que lors d'" un travail en atmosphère contaminée, l'autorité responsable peut autoriser les travailleurs à ne pas porter le masque (...) et leur faire inhaler en un jour, à titre exceptionnel, ce qui est normalement autorisé en trois mois ". Les militaires se réservent le droit d'autoriser un court séjour sans précaution spéciale, même en zone interdite". Quant à la puissance des bombes, elle reste totalement aléatoire. Pour Gerboise verte, " son énergie n'est pas connue avant le tir ".

Les essais souterrains n'échappent pas à la règle. Alors que " seuls " quatre accidents étaient connus, le rapport montre qu'il n'y a qu'un tir sur les treize réalisés qui fut contenu, les autres donnant lieu à des fuites radioactives.

Livre: Lucien Fontenel, un français torturé par les français : Guerre d'Algerie(Tinfouchy 1958-1960)


Bientôt aux éditions l'HarmattanDSC01972.JPG
Auteurs : Massou Nathalie Fontenel
et 
Abdenour Si Hadj Mohand


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17 Novembre 2000 - INTERNATIONAL

Torture

Guerre d'Algérie. Témoignage. Claude Despretz, " soldat du refus de la guerre ", évoque les souffrances de Lucien Fontenel, qui, lui aussi, avait dit non au conflit.

Le calvaire de Lucien

J'ai déjà évoqué dans un article paru le 1er septembre dans Liberté, hebdomadaire communiste du Pas-de-Calais, ce qu'avait été Timfouchi, ce bagne militaire du Sud algérien où sont passés cinq soldats du refus de la guerre d'Algérie : Jean Clavel, Voltaire Develay, Lucien Fontenel, Paul Lefebvre et Marc Sagnier. Nathalie, fille cadette de Lucien Fontenel, a rappelé, dans l'Humanité du 2 novembre, les séquelles irréversibles des mauvais traitements infligés à son père pour son refus de combattre un peuple en lutte pour son indépendance. Lucien nous a quittés en 1993. Il ne peut plus témoigner de ce qu'il a vécu. Restent ses écrits, restent ses deux compagnons survivants de Timfouchi, restent aussi, probablement, certains tortionnaires et leurs chefs qui l'ont maltraité avant, pendant et après son séjour à Timfouchi.
Le 30 décembre 1958, Lucien Fontenel adressa au général de Gaulle une lettre lui annonçant son refus de combattre le peuple algérien. Dans les heures qui suivirent, il fut transféré de la prison du 5e régiment de dragons de Périgueux dans une autre cellule, non chauffée, d'une autre prison régimentaire de Bordeaux. Il y passa deux mois sans aucune couverture jusqu'à la mi février. Pendant ce séjour, Lucien était constamment relancé pour qu'il revienne sur son refus, mais il resta ferme sur sa décision. S'il vit encore, le général Lecoq, alors commandant de la 5e région militaire de Bordeaux, pourrait témoigner de ce harcèlement quotidien. Le 24 février 1959, Lucien fut conduit à la prison de la Légion étrangère à Marseille, et quelques heures après emmené de force sur le bateau Ville-d'Alger à destination d'Oran. De là, il fut transféré au 26e régiment de dragons à Kenasda, à une vingtaine de kilomètres de Colomb-Béchar.
Il vécut quelques jours de " bonnes manières " : on lui proposa d'être soit serveur au mess des officiers, soit aide-soignant, soit responsable fourrier. Vu son refus, il y eut un changement brutal, on alla jusqu'à le menacer de mort. Qu'en sait le colonel commandant alors du 26e régiment de dragons ? Lucien fut jeté dans l'obscurité totale d'un cachot, voisin d'un autre cachot où se trouvait un patriote algérien du FLN, Tid Jawi Julvecourt. Il connut un adoucissement grâce à un capitaine, du nom de Chauzenou, qui lui faisait parvenir clandestinement, la nuit, par un soldat, les colis que lui envoyait son épouse. Au printemps 1959, extrait de son cachot en même temps que le patriote du FLN, on leur dit qu'ils allaient être traduits tous les deux devant le tribunal militaire d'Alger. Mais, à peine embarqués dans l'avion, ils apprirent que ce n'était pas à Alger qu'ils allaient, mais au fort Fouchet de Timfouchi.
Ils y furent reçus par une bordée d'injures et un copieux matraquage. Ensuite, " boule à zéro " et, dès la coupe de cheveux terminée, la " pelote ". Harnaché d'un sac à dos rempli de cailloux et de sable, Lucien a dû courir jusqu'à épuisement en plein soleil, " dopé " à coups de cravache par un " chef ". Ensuite, " réception " au " bureau d'accueil " où Lucien, à la demande d'un militaire, confirma son soutien au droit à l'indépendance du peuple algérien : immédiatement, volée de coups de poings et de cravache jusqu'à ce qu'il tombe inanimé. Il reprit connaissance parmi d'autres " disciplinaires " dans le blockhaus de la section noire. Le sergent-chef Desplanche pourrait certainement nous en dire davantage sur ce cérémonial d'accueil. Il pourrait aussi nous dire qui, un peu plus tard, a fait " bénéficier " Lucien d'une nouvelle volée de coups de poings et de cravache jusqu'à ce qu'il tombe inanimé sur le capot de la jeep du capitaine Guyon, commandant du bagne.
Dès son arrivée, Lucien eut droit aussi au " tombeau ". Cela consistait à dormir, sans couverture, dans une fosse profonde de 50 centimètres creusée par lui-même. Il devint alors le disciplinaire matricule 6548. Comme tous les autres disciplinaires, il devait se soumettre à une discipline très particulière stipulant, entre autres : tout déplacement doit se faire au pas de gymnastique ; tous les jeux sont interdits ; pour parler à un gradé, le disciplinaire doit lui en demander la permission en le saluant ; aucun commandement au disciplinaire ne se fait par la voix, mais par le sifflet, etc. … Timfouchi, les " cinq " du refus de la guerre d'Algérie côtoyèrent de jeunes patriotes algériens qui, au lieu de devenir des " malgré nous ", avaient rejoint le FLN, et aussi des soldats qui s'étaient rebellés contre des gradés ou étaient entrés en conflit avec des autorités officielles. Ainsi, l'ancien ministre Pierre Messmer pourrait peut-être nous dire pourquoi Pierre Stien a eu droit à un séjour à Timfouchi. Quand on sait l'importance du courrier pour des prisonniers, il faut savoir aussi que celui-ci était censuré. … l'arrivée, le courrier pouvait même être détruit devant le disciplinaire sans qu'il puisse en prendre la moindre connaissance. L'adjudant Pierre Hebeyrotte doit savoir de quoi il s'agit.
Libéré de Timfouchi après y avoir passé dix mois, Lucien fit un court passage à Moghar-Foukania, puis fut muté à Sissitra où se trouvait le 2e régiment étranger parachutiste. Là, il fut " invité " un jour à aller voir les cadavres de combattants FLN tués dans un accrochage et livrés en pâture aux vautours. Mais alors qu'il était à quelques jours de sa libération définitive de l'armée, Lucien fut envoyé en opération à bord d'un Half Track (automitrailleuse à quatre affûts). Quatre Half Track partirent en reconnaissance sur un terrain très miné : trois sautèrent sur des mines, deux soldats trouvèrent la mort et plusieurs autres furent blessés. Le véhicule de Lucien fut le seul à éviter les mines.
Le lendemain de cette opération meurtrière, le capitaine Sicard rassembla l'escadron pour rendre hommage aux deux tués et aux blessés. Puis, s'adressant à Lucien, il lui dit : " Fontenel, vous êtes protégé par le Bon Dieu rouge, vous êtes indigne de porter l'uniforme de notre armée française. " Lucien lui répondit courageusement : " C'est vous, mon capitaine, qui déshonorez l'armée française en conduisant une telle guerre contre un peuple qui mène courageusement un combat pour son indépendance. " La réaction fut brutale. D'abord giflé, Lucien a dû se déshabiller entièrement. Il se retrouva en slip devant tout l'escadron au garde à vous. En guise de " libération ", le capitaine lui annonça six mois de " rab " à la prison du 2e REP à Colomb-Béchar. Ses camarades de l'escadron lui firent parvenir une somme d'argent collectée entre eux et des provisions alimentaires. C'est le caporal Pierre Belluga qui, au cours d'une permission de nuit, à Colomb-Béchar, grâce à une certaine complicité, lui fit remettre argent et provisions. Cela remonta le moral de Lucien. Il débuta son " rab " dans une cellule étroite en compagnie de trois légionnaires : pour dormir sur une dalle en ciment, les quatre prisonniers étaient obligés de se mettre dos à dos.
Quelques heures après leur arrivée, Lucien et les trois autres prisonniers furent matraqués à coups de manche de pioche par le chef de prison, un ancien sous-officier nazi, recrue de choix de la Légion. Après sa période de cachot, Lucien rejoint une quarantaine de légionnaires dans une pièce où il était impossible, comme dans le cachot, aux quarante prisonniers de s'allonger à l'aise : il fallait là aussi dormir dos à dos. Le travail de ces forçats consistait à fabriquer des parpaings en ciment. Toutes les quatre heures, les prisonniers avaient droit à un quart d'heure de repos. Souvent, ce quart d'heure de repos était interrompu, à coups de manche de pioche, par l'ex sous-officier nazi. Lucien passa Noël 1960 dans ce lieu de tortures où l'armée française " dressait " ses bêtes de combat. Son calvaire dura quatre mois et demi. Il fut libéré quarante cinq jours avant les six mois prévus, grâce certainement à la lutte incessante menée en France en faveur des soldats du refus, en particulier par le Parti communiste français et le Secours populaire. Au cours de ses dernières heures passées sur le sol algérien, Lucien bénéficia de la sympathie agissante d'un militaire français chargé du rapatriement des libérables. Il revint en France en Caravelle. A peine descendu d'avion, Lucien fut frappé d'un fort malaise. Des médecins spécialistes lui apprirent qu'il souffrait d'un sérieux traumatisme crânien, suite aux coups reçus à Timfouchi et à la prison du 2e REP de la Légion. Il n'a jamais été reconnu invalide de guerre.
Claude Despretz, soldat du refus de la guerre d'Algérie.
Le 13 novembre 2000.
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